Sur le dark web, l’exit scam guette les acheteurs autant que les vendeurs

Anonyme et cagoulé, The Last Judgement détaille au JDN ses débuts sur Dream Market, une arnaque à 30 000 euros et sa visite d’un laboratoire de drogue allemand.

Karim Lefèvre Par Karim Lefèvre
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Sur le dark web, l’exit scam guette les acheteurs autant que les vendeurs
Un individu sous une capuche consulte un écran d’ordinateur et un téléphone dans une pièce sombre.

En bref

  • Le JDN publie l’épisode n°8 de sa série « Plongée dans le dark web » avec un témoin anonyme de 30 ans.
  • Dream Market et son mode escrow ont servi de point d’entrée à son réseau de revente.
  • Un exit scam lui aurait coûté environ 30 000 euros.
  • Il affirme que presque toutes les marketplaces d’armes sont des arnaques.

Un trafiquant qui se sent intouchable finit par visiter le laboratoire de ses fournisseurs, sans savoir comment la journée se terminera. C’est l’un des épisodes que raconte un homme de 30 ans, cagoulé et connu sous le pseudonyme The Last Judgement (TLJ), au Journal du Net. L’entretien constitue le huitième volet de la série « Plongée dans le dark web ». Il s’agit d’un témoignage unique, dont l’identité de l’auteur reste inconnue : ses propos sont ses déclarations.

Un repenti devenu influenceur, retrouvé via Telegram

TLJ se présente comme un ancien revendeur d’armes et de drogues repenti. Il est aujourd’hui influenceur sur TikTok et cherche à sensibiliser les plus jeunes aux dangers du web. Le journaliste dit avoir multiplié les appels à témoignages sans résultat, avant qu’un contact lui parle de lui. Il a ensuite cherché pendant plusieurs semaines un moyen de le joindre, jusqu’à retrouver son compte Telegram. TLJ a accepté l’interview rapidement, alors qu’il avait refusé toutes les propositions de journalistes jusque-là.

De la rue au dark web, avec Dream Market pour porte d’entrée

Selon son récit, TLJ a commencé à vendre de la drogue étant mineur, dans une ville sujette aux règlements de compte. Plus son activité grandissait, plus elle devenait risquée : concurrencer des réseaux bien installés pouvait coûter cher. Il dit être allé sur le dark web pour s’approvisionner plus discrètement et à moindre coût.

Sur un forum, il a contacté par messagerie privée un internaute qui semblait bien connaître le milieu. Il a su plus tard qu’il s’agissait d’un Allemand, vendeur de drogue sur des marketplaces. Celui-ci lui a recommandé Dream Market.

Ce qui l’a convaincu : la plateforme affichait de nombreux avis de clients, contrairement aux autres qu’il avait visitées. Elle proposait aussi un mode escrow, qui ne libère les fonds au vendeur que lorsque l’acheteur confirme avoir reçu une marchandise conforme. Sa première commande, passée auprès de l’Allemand, est arrivée. TLJ affirme avoir bâti grâce à cette plateforme un réseau lui permettant d’obtenir de grandes quantités à revendre.

Hidden Wiki et exit scam, les pièges décrits

« Sur le dark web, la majorité des plateformes sont des arnaques. » TLJ décrit deux écueils.

  • Hidden Wiki : une page qui recense de nombreux liens vers des sites du dark web, souvent frauduleux. C’est, selon lui, le premier réflexe des néophytes, et il s’y est lui-même fait piéger au début.
  • L’exit scam : une marketplace bannit tous les revendeurs. Il ne reste que les acheteurs, dont les dépenses alimentent le portefeuille des administrateurs. Cela dure en général quelques semaines, jusqu’à ce que les clients comprennent. Il cite Apollon et Empire, autrefois jugées fiables.
30 000 €perdus à cause de l’exit scam d’Apollon, selon TLJ

« Sur le dark web, c’est la loi de la jungle. »

The Last Judgement (TLJ), ancien revendeur repenti

Sa conclusion tient en une condition : « Pour y monter un business, il faut des relations de confiance. »

Clavier d’ordinateur portable rétroéclairé en violet devant un écran affichant des symboles numériques verts dans le noir.
Un écran d’ordinateur portable affichant des séquences de caractères verts au-dessus d’un clavier rétroéclairé. Photo : Rafael Minguet Delgado / Pexels

Le laboratoire allemand, une journée sous tension

Cette confiance, TLJ dit l’avoir construite avec les propriétaires d’un laboratoire de drogues allemand, rencontrés sur Dream Market. Les échanges se sont poursuivis sur une messagerie chiffrée et la collaboration a duré plusieurs années, la confiance s’installant au fil de ses achats pour revente. Un jour, ils lui ont proposé de visiter leur laboratoire.

Il raconte avoir alors éprouvé un sentiment de toute-puissance : on est craintif au début, puis la peur se dissipe et l’on croit ne jamais se faire prendre. Rendez-vous lui a été donné dans une grande ville allemande, où il a patienté trente minutes à une terrasse de café, pendant que son hôte vérifiait qu’il était seul. Le trajet en voiture jusqu’au laboratoire l’a beaucoup inquiété.

Il décrit des producteurs d’une quarantaine d’années, ressemblant à des pères de famille, mais avec lesquels « il ne faut pas plaisanter ». Il n’est resté qu’une journée et a pu garder son téléphone. Il les interrogeait surtout sur la synthèse de la MDMA, la drogue qu’il leur achetait le plus : associé à d’autres personnes, il envisageait d’en produire plutôt que d’en acheter.

Le basculement vers les armes

TLJ dit s’être senti en danger à cause de son commerce. Des vendeurs de cocaïne, que son groupe concurrençait, les avaient menacés. Lors d’un faux deal, en réalité une embuscade, ils se sont retrouvés dans une voiture, dans un parking souterrain, une arme braquée sur eux. Ils ont alors cessé la cocaïne.

Il s’est ensuite procuré des armes grâce au dark web et en a revendu, introduit dans ce réseau par l’Allemand. Son avertissement vaut pour les marketplaces du secteur : presque toutes seraient des arnaques, et l’on ne s’y fournit que par le bouche-à-oreille du dark web.

Photo : Sora Shimazaki / Pexels

Karim Lefèvre

Marketing digital, marketing mobile et entrepreneuriat web

Karim Lefèvre

Karim Lefèvre a été chef de projet acquisition chez un e-commerçant lillois pendant six ans, entre budgets publicitaires et tableaux de bord. Il couvre le marketing digital au sens large, du SEO aux réseaux sociaux, avec une préférence pour les cas concrets et les résultats mesurés. Il court le semi-marathon de Lille chaque année en septembre.